Saint Laurent – Entre grandeur et décadence, folie et génie

N’ayant pas vu le premier film qui est sorti à propos d’Yves Saint Laurent, je ne vais pas avoir la prétention d’avoir plusieurs point de vue. Ce n’est pas le cas. Je ne connaissais rien de la vie de Saint-Laurent avant de voir ce nouveau film et donc ne vous attendez pas à ce que je fasse une comparaison. Je vais vous faire part de mes impressions surtout concernant ce Saint Laurent de Bertrand Bonello avec rien de moins que Gaspard Ulliel dans le rôle du grand couturier.

Mes premières impressions sont plutôt mitigées. Au début du film, on ne voit pas très bien où le réalisateur veut en venir car il ne se passe pas grand chose, on plante le décors… et les corps. En plus, j’ai été un peu déstabilisé par Gaspard Ulliel et la voix de Saint Laurent qu’il adopte. Du coup, la première demi-heure (environs hein, je n’avais pas les yeux sur ma montre, surtout que dans le noir j’aurais eu un peu de mal à lire les aiguilles) nous laisse un peu perplexe voire mal-à-l’aise : est-ce que je suis bien à ma place ? ne faut-il pas des connaissances minimums sur Saint Laurent pour voir le film ?

Avec du recul, je pense que je serai entrée plus facilement dedans si j’avais su plus en amont, toutefois, ça n’est pas non plus obligatoire. Ce que je pense plus nécessaire pour voir le film, ce sont des connaissances en cinéma, et en symbolisme. En effet, j’ai trouvé que Bonello utilisait énormément de codes cinématographiques pour dire le maximum de choses avec un minimum de mots et… il faut dire que ça fonctionne bien. Les images sont choisies avec une précision extrême, comme le bureau de Saint Laurent dont le pan face à la caméra est toujours un miroir… du coup l’arrivée de nouveaux personnages dans le plan surprend toujours car on croit qu’ils vont arriver de l’autre côté de l’écran (et ce n’est qu’un exemple parmi d’autre). Toute cette technique est pourtant au service du film et à la compréhension du personnage de Saint Laurent qui nous paraît tellement abstrait et loin de nous. On s’aperçoit que lui-même à cette vision des choses par rapport au reste du monde : quand, à la fin des années 70, ses collections défilent sur fond d’images de guerre et de conflit. Sa mère le confirme plus tard, Yves ne vit pas dans ce monde… lui-même le répète, dès son plus jeune âge, dans un poème, il en est las. C’est cette quête maudite de donner un sens à la vie que nous raconte ce film, dans un décors où le corps devient de la matière et où il n’y a pas d’âme derrière. On ne peut cerner aucun personnage (hormis Yves), tous passent, défilent dans sa vie, les visages s’effacent, les corps resplendissent.

photo-Saint-Laurent-2014-3Pour tout dire, ce film laisse un arrière goût assez amer dans la bouche, cette façon de voir le monde, cette façon de nier l’individu pour ne garder que la matière, est-ce qu’on ne serait pas que des coquilles au final, tentant désespérément de trouver quelque chose à l’intérieur ? Et peut-être bien que Saint Laurent avait cette obsession, ce perfectionnisme car c’était la solution qu’il avait trouvé pour que l’être humain en tant que matière ait un sens : le rendre beau, coûte que coûte (même si la vie ou la raison en sont le prix). Pourtant, je n’ai pas détesté du tout. Je trouve qu’au niveau cinématographique, il y a énormément de richesse et de choses à découvrir. Gaspard Ulliel, malgré un début de film difficile, prend de l’aisance et s’approprie le personnage avec beaucoup de force et d’émotion. Je retiendrai cette boule au niveau de l’estomac pendant tout le film : ces choses qui dérangent, cette beauté, cette laideur en même temps avec la décadence filmée sans tabou et ce sentiment que malgré que ce soit un film, certaines choses sont ainsi. Ce film parle de la haute couture comme un art, à travers un autre art, celui du cinéma. Je le recommande à tous les amateurs de films et de haute couture, peu importe les sentiments qui vous guideront pendant le visionnage, tout comme devant un tableau : l’essentiel, c’est de ressentir quelque chose.

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Une réflexion sur “Saint Laurent – Entre grandeur et décadence, folie et génie

  1. Je n’ai encore vu aucun des films sur Saint-Laurent, mais je pense que je vais prendre un après-midi pour voir les deux et comparer. D’après les critiques, celui que tu as vu est le meilleur des deux.

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